Se lancer en indépendant

Le cadre administratif français s'est considérablement simplifié pour les petites activités. Créer une entreprise individuelle prend aujourd'hui moins d'une heure en ligne et ne coûte rien. La difficulté s'est déplacée : elle est moins dans la création que dans la gestion courante et dans la protection sociale.
Les éléments qui suivent donnent des repères généraux. Ils ne remplacent pas l'avis d'un expert-comptable ou d'un juriste, dont la consultation est un investissement raisonnable avant de s'engager.
Tester avant de créer
L'erreur classique consiste à commencer par la structure juridique. Or, on ne sait pas encore ce que l'on va vendre, ni à qui, ni à quel prix. Les premiers mois servent à trouver ces réponses, et une immatriculation prématurée ajoute des obligations déclaratives à une activité qui n'existe pas encore.
Il est nécessaire de déclarer son activité dès lors qu'elle devient habituelle et rémunérée, mais rien n'empêche de construire un site, d'écrire, de se former ou de valider une idée auprès de clients potentiels avant cette étape.
La micro-entreprise, point de départ habituel
C'est un régime simplifié d'entreprise individuelle, et non une forme juridique distincte. Ses avantages expliquent qu'il concentre la majorité des créations : formalités réduites, comptabilité limitée à un livre de recettes, cotisations calculées en pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, et donc nulles en l'absence de recettes.
Ses limites doivent être connues avant de s'y engager. Les plafonds de chiffre d'affaires diffèrent selon la nature de l'activité, prestations de services ou vente de marchandises, et leur dépassement fait basculer vers un régime réel. Les charges ne sont pas déductibles, l'administration appliquant un abattement forfaitaire : le régime devient donc défavorable dès que l'activité suppose des dépenses importantes. La franchise de TVA, enfin, cesse au-delà de certains seuils, ce qui oblige à facturer la taxe et à la déclarer.
Les taux et les seuils évoluent régulièrement. Il est prudent de les vérifier sur les sites officiels au moment de la création plutôt que de se fier à un article, y compris celui-ci.
Quand envisager une société
Passer en société (le plus souvent une société par actions simplifiée unipersonnelle ou une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) devient pertinent dans quelques situations précises : lorsque le chiffre d'affaires approche les plafonds, lorsque les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire, lorsqu'on s'associe, ou lorsqu'on souhaite piloter finement sa rémunération entre salaire et dividendes.
Le prix à payer est une gestion plus lourde : statuts, comptes annuels, assemblée, expert-comptable en pratique indispensable. Compter un coût annuel qui se chiffre en milliers d'euros, ce qui n'a de sens qu'au-delà d'un certain niveau d'activité.
Le portage salarial constitue une troisième voie, souvent négligée. Il permet de facturer des clients tout en restant salarié d'une société de portage, avec la protection sociale correspondante, en échange d'une commission. C'est une transition confortable pour tester une activité sans quitter le statut de salarié.
Les obligations de la vie courante
Quelques points reviennent systématiquement, et leur oubli coûte cher. Les mentions obligatoires sur les factures, dont le numéro d'identification, les coordonnées, le détail de la prestation et les mentions de TVA applicables. Les déclarations de chiffre d'affaires, mensuelles ou trimestrielles, à effectuer même lorsqu'elles sont nulles.
Un compte bancaire dédié devient obligatoire au-delà d'un certain chiffre d'affaires, et reste utile bien avant, ne serait-ce que pour distinguer clairement les flux. L'assurance professionnelle, enfin, est obligatoire dans certaines activités et fortement conseillée dans les autres.
Pour un site ou une activité en ligne s'ajoutent des obligations propres : mentions légales identifiant l'éditeur, information sur les cookies et les données personnelles, conditions générales de vente en cas de commerce en ligne, et droit de rétractation pour les consommateurs.
La question de la protection sociale
C'est le point le plus souvent sous-estimé. L'indépendant cotise pour la santé et la retraite, mais avec des droits qui diffèrent de ceux d'un salarié, notamment sur les indemnités journalières et sur la validation des trimestres, laquelle dépend du chiffre d'affaires réalisé.
Une assurance complémentaire pour les arrêts de travail et une épargne retraite personnelle ne sont pas des raffinements : elles compensent une partie de ce que le salariat couvrait automatiquement. Leur coût doit figurer dans le calcul du tarif horaire dès le départ, faute de quoi on se croit rentable alors qu'on ne l'est pas.
Enfin, quitter volontairement un emploi ne donne accès à l'assurance chômage que dans des cas limités. Se renseigner précisément sur sa situation avant de démissionner évite une découverte désagréable au moment où la trésorerie compte le plus.